La plume et le plomb…

Il était une fois un monde de légèreté, où tout semblait aisé et accessible. Il suffisait de se pencher et encore pas beaucoup, pour accéder au plaisir et à la marchandise. Certes tous n’y avait pas droit, mais les pauvres savaient rester discrets et la charité publique palliait aux plus gros des manques. Un temps de liberté où l’on s’envoyait en l’air, au propre comme au figuré, sans regarder à la dépense ni à l’empreinte carbone. Un banal, des bonheurs, une maison à crédit avec tout le confort, des SUV pour l’éternité…
Puis tout à coup survint l’orage. Tout le plomb fondu dans l’incendie récent d’une cathédrale retomba sur les têtes ébahies de la populace éberluée. Une bête inconnue, issue de nos pires cauchemars et de lointaines contrées se jeta sur la planète, et pire sur l’ensemble de ses habitants. Jusqu’ici les pandémies avaient eu la courtoisie d’épargner le plus possible le monde occidental, blanc, chrétien, normal quoi, mais cette fois-ci, bernique, c’était une autre histoire …
Branle-bas de combat ! C’est la guerre ! Mise à l’abri obligatoire, production à l’arrêt, consommation au Père Lachaise, enterrement général de la population, plus d’enterrement pour les morts, morts en série chez les vieux, rien ne doit dépasser… Sauf que pendant les conflits, s’affrontent deux armées, et que d’armée contre le virus il n’y en eut guère. Les généraux avaient consacré tous leurs efforts sur l’armement des sbires censés les protéger en oubliant, une fois encore que l’ennemi pouvait venir de l’extérieur. Les petits soldats, et soldates, mal nourris, mal payés, sucés jusqu’à la moelle firent de leur mieux avec leurs fusils sans cartouches, mais l’ennemi semblait trop fort…
Le roi du moment, inspiré par la mémoire d’un vieux militaire sénile ayant jadis fait au pays le don de sa personne, décrétât que le malheur venait certainement en grande partie du comportement désinvolte de ses sujets, plus enclins à jouir qu’à œuvrer au salut de leur âme. Ne l’avaient-ils pas d’ailleurs défié, offensé, outragé peu de temps auparavant ? Au châtiment divin devait s’adjoindre le courroux séculier ! La liberté, cause de tous les maux, fut suspendue sine die, l’incarcération à domicile déclarée, les accolades abolies, les écoles et autres lieux de dépravation fermés, le petit commerce livré à une faillite bien méritée, les marchés de plein vents interdits, le contrôle systématique instauré, seuls furent autorisés les visites des hypermarchés et le travail sur les étranges lucarnes, dans le salon du F 3 au milieu des gosses qui chialent. Quelques privilégiés eurent droit à continuer à servir 60 heures la semaine et le personnel au front put bénéficier des encouragements de la nation reconnaissante tous les soirs à 20 heures. Les stratèges supposés étudier l’évolution de la maladie et y trouver remède s’entredéchiraient en se jetant réciproquement l’anathème. Ils mirent si longtemps à s’accorder qu’ils débattaient encore que l’adversaire avait quitté l’arène. Car, bien sûr survient un moment où l’ennemi, ou faiblit ou se déclare satisfait de ses conquêtes. Le pays exsangue mit de longues années à rétablir sa santé, mais il ne retrouva jamais l’insouciance d’antan. La plume s’était envolée, ne demeuraient que les coliques de plomb.
Longtemps, longtemps après que le virus ait disparu
l’on chantait dans la rue
la complainte du pauvre con-finé…

Toute ressemblance avec une situation ayant réellement existée ne serait bien sûr que pure coincidence…

Riton 26 04 20

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