Tristesse et soumission…

Je suis désespéré. Je rentre du marché hebdomadaire ou du moins de ce qu’il en reste à ce jour. Des producteurs locaux sagement alignés derrière des rubans de chantier servent des chalands masqués faisant, comme au bon vieux temps du maréchal, la queue pour être servis, car, sécurité sanitaire oblige, il est interdit de toucher à la marchandise… La milice municipale, renforcée de quelques employés de mairie certainement bien en cour et dédommagés, veille à l’application stricte de la loi et gare à qui emprunterait le sens interdit. Les camelots, marchands de fringues et autres métiers qui donnent de la couleur, de l’exotisme, des senteurs d’ailleurs sont absents, leurs clients d’origines diverses également. Même le poissonnier nous a fait faux bond. Pour moi qui ai connu ces espaces grouillants de vie, ces engueulades pour une place, ces réconciliations au bistrot du coin, ces coups de klaxon et ces mains baladeuses, j’en suis écœuré et du coup je file au leader price du quartier où je peux rentrer sans me sentir coupable, choisir librement et pas payer plus cher.

C’est terrible tout de même d’en arriver là quand tu as, comme disait le regretté Pierre Dac, un pied dans la tombe et l’autre sur une peau de banane. Tu te dis qu’après une vie passée à prêcher la révolte, alors que le pays, que dis-je le monde, devrait être en train de régler ses comptes avec les salopards qui ont choisi leurs intérêts au détriment de notre santé, tu ne perçoives que la résignation et la peur sur ce qu’il reste de visible de la tête de tes contemporains.

Et ce n’est que le début. Des pandémies, il y en aura d’autres. Le capitalisme les gérera de la même façon. C’est trop pratique pour lui, on laisse liquider les excédents, on dit tout et son contraire, on enferme sans discernement, on fout la trouille, on étouffe les luttes, on exploite ceux qui bossent, on précarise ceux qui perdent leur job, en espérant qu’à la fin ils deviendront mabouls et ils s’entretueront.

En attendant, va falloir s’y faire les prolos. Finis les « compagnons » d’Airbus, adieu les « collaborateurs » de chez Renault, vous allez redevenir des ouvriers, ou au pire des chômeurs. Faudra reconvertir en poulailler la rutilante BM dont les plaques portent fièrement le logo de la Corse, fallait bien se faire « respecter » sur la route, et ressortir la Dauphine de pépé en priant pour quelle tienne jusqu’à Mimizan plage, ou faire découvrir aux enfants leurs premiers émois avec leurs petites cousines dans les foins de la ferme familiale. Adieu Phuket et les grands treks en Mongolie… Ça avait aussi du bon, vous savez, les vacances des années 50… Pour moi c’était la campagne lomagnole, ses collines, ses ruisseaux, ses parfums de crottin, ses cimetières sans prétention où il ne me dérangerait pas de moisir à l’ombre d’un cyprès et à l’abri du vent, près de mes ancêtres gascons, manouvriers ou paysans sans terre, pauvres mais dignes, et qui n’ont jamais porté ni bâillon ni muselière…

Si seulement les vieux pouvaient revenir et nous botter le cul, juste pour nous rappeler que ça ne dépend que de nous, que le monde de demain ne soit pas pire que celui d’aujourd’hui…

Riton 23 05 20

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