Te plains pas, c’est pas l’usine…

Pour les ingénu-e-s qui penseraient encore que bosser pour une association les mettraient à l’abri de l’oppression patronale et de la petitesse des relations du monde du travail, il est urgent qu’ils, qu’elles, se jettent sur le livre de Lily Zalzett et Stella Fihn publié par Niet Éditions et consacré à l’exploitation en milieu associatif.

Cet ouvrage d’une centaine de pages fait bien le tour de la question et j’y ai retrouvé les raisons de mes colères contre ces institutions lorsque j’œuvrais dans le travail social. Je n’ai pourtant jamais été dupe et j’ai su, dès les premiers temps, que mon rôle serait de garantir la »paix sociale » autant que d’accompagner les « usagers-usagés » et les « bénéficiaires plutôt déficitaires » vers les diverses mesures et aides que le système daignait leur accorder. Il est vrai que ma vie d’avant dans le monde du salariat traditionnel, du travail indépendant, du « benêt-volat » dans moultes boutiques à caractère culturel ou caritatif m’avaient affranchi depuis longtemps et fait perdre mes dernières illusions. J’ai eu aussi de la chance de travailler avec des collègues ouverts et efficaces. Ce sont plutôt les conseils d’administration qui m’ont posé problèmes. Dans ces espaces, on y trouve des gens sincères mais coincés entre la volonté de bien faire et la peur de se tromper, se pliant docilement à la commande et aux injonctions paradoxales des « tutelles » payantes, pour sauvegarder la structure, et bien sûr les emplois. Le pourquoi, le projet, l’éthique, tout ce qui donne corps et sens sont vite abandonnés face aux diktats des financeurs. On y rencontre aussi quelques égos surdimensionnés et des assoiffés de pouvoir utilisant l’asso. comme tremplin vers une carrière politique… Et que dire des « partenaires » ? Ces autres structures avec les quelles on partage le gâteau des subventions, ces faux amis qui oublient de vous soutenir lorsque vous choisissez de résister ou de carrément vous saborder, quand vous ne pouvez plus vendre votre âme contre quelques malheureux deniers.

L’associatif est devenu un palliatif aux carences des pouvoirs publics qui se déchargent de leur mission sur des individus aussi fragiles que ceux dont on leur demande de s’occuper, pas formés, mal payés, utilisables sans limites, jetables et perpétuellement culpabilisés. Un sous-prolétariat exploité qui trop souvent reproduit les schémas dont il est la première victime mais qui finira bien un jour par prendre conscience du mécanisme pervers de ces nouvelles formes d’oppression. Il pourra alors choisir son camps…

Henri Cazales / Radio.Asso. Montauban

Te plains pas, c'est pas l'usine
« Te plains pas, c’est pas l’usine / L’exploitation en milieu associatif » de Lily Zalzett et Stella Fihn chez Niet Éditions.

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